Dans le Critoire

Deux mains dans le jeu littéraire

Posts in the category

L’homme se retrouva dans la cuisine. Son regard se perdit vers l’étagère où il rangeait soigneusement une grande variété de thés, il pianota un moment avant de choisir son préféré, versa de l’eau dans la bouilloire électrique et opta pour le programme « Thé noir ». En posant quelques carrés de son meilleur chocolat sur une soucoupe, il songea qu’il venait de ruiner une solitude douloureusement payée. Toute sa vie, il avait rêvé d’être écrivain. Théoriquement, il avait tout le temps pour ça depuis qu’il avait revendu son fonds de commerce. La réalité était tout autre et le rattrapait constamment. Crise économique, crise sociale, crise des valeurs, crise intérieure…

L’homme réapparut dans le salon, Tom n’avait pas bougé d’un pouce.

« Prenez-vous du sucre ? Demanda l’homme,

– Oui, Monsieur, merci Monsieur.

– Excellent thé, Monsieur,

– Oui, merci, je le trouve à la brûlerie d’à côté, la commerçante est malade, je crois qu’elle va bientôt céder son bail.

– Comme c’est triste, Monsieur,

– Oui, je dois dire que ça me grignote, tous ces changements, ces gens qui meurent ou qui s’en vont. Rien de bon ne remplace jamais le vide.

– Cela n’a pas l’air d’aller très bien, Monsieur, voulez-vous que j’aille vous chercher un petit remontant ?

– Non, merci, ça va aller, Tom,

– Bien, Monsieur,

– Vous ne voulez vraiment pas vous asseoir,

– Si vous permettez, Monsieur. »

L’homme resta un moment silencieux, observant Tom se chercher une contenance dans ce canapé trop profond qui semblait avaler son hôte. S’abîmant dans ses pensées, le regard perdu ne fixant plus personne, il murmura plusieurs fois la même question : « Qui va nous sauver après ça ? »

« Pourquoi voudriez vous que nous soyons sauvés, Monsieur ?

– Vous avez raison, répondit l’homme en sursautant, nous courons tous à notre perte. Savez-vous pourquoi je l’ai fait ?

– Qu’avez-vous fait au juste, Monsieur ?

L’homme commençait à se demander si son Tom n’était pas comédien avant de devenir Tom. « Il est entré parfaitement dans son personnage de majordome, se disait-il, il tient conversation sans s’imposer, sans aborder le sujet qui pourrait introduire une gêne. Est-ce que les Tom avaient reçu une formation préalable ? La brochure ne le mentionnait pas ». L’homme bouillait intérieurement.

« Comment peut-on être Tom, marmonna-t-il entre ses dents,

– Pardon ?

– Vous rendez vous compte que cela faisait plus de 150 ans que l’humanité n’avait pas réinventé une telle ignominie !

– Ne vous tracassez pas pour moi, j’en ai vu d’autres, et je ne tiens pas à savoir quoi que ce soit de vos raisons, trancha Tom,

– Que vous ont-il fait ? Insista l’homme, c’est insupportable de vous voir accepter tout ça sans sourciller.

– Qui êtes-vous pour me juger, rétorqua Tom, comme tout le monde, vous êtes très prompts à vous révolter contre l’insupportable. J’estime pour ma part que l’humanité se mesure davantage à ce qu’elle accepte de supporter.

Lire la suite

Calepin ?

« Dans le Calepin » est une nouvelle rubrique du Critoire. Une forme de brouillon sans velléité littéraire. Vous y trouverez des notes, des lectures, des coups de coeur pour des sites d’écritures, des critiques aussi à l’occasion… Des mots ordonnés ou pas, des notes pas forcément abouties qu’on reprendra plus tard. Un peu de gribouille dans le Critoire !

Mon petit Tom (2)

Lire le premier épisode

Comme le Tom s’était mis à le fixer intensément, l’homme n’eut pas le cœur de répondre non. Il ne voulut pas lâcher l’affaire, cependant, il insista auprès du gérant.

« Cela ne me dit pas combien je vous dois.

– Ma collègue Sandy va vous fixer ça, le montant est variable en fonction du reste à payer par l’ASSEDIC au moment où la dette nous a été cédée. Je vais vous demander de patienter quelques instants dans le petit salon, Sandy termine avec la fille de madame, qui vient juste de me prendre ma dernière Tomette. »

Le gérant s’éloigna pour s’adresser à une jeune cliente en pâmoison devant un chaton qui lui tendait ses petites pattes pour se faire adopter.

Dans le petit salon, l’homme s’assit à côté d’une dame tout en rondeur qui ne semblait pas le moins du monde se préoccuper de la crise. En buvant par petites lampées l’expresso brûlant, elle faisait fondre dans sa bouche le carré de chocolat qu’on lui avait servi. La dame tout en rondeur se dandinait sur son siège en miaulant à chaque début de phrase. Elle avait un décolleté blanc dentelé en arabesque sur un corsage tout rose qui l’enrobait comme un bonbon anglais. L’homme chercha la naissance des seins, celle-ci se noyait dans la circonférence de son buste rebondi.

« Moaww… Bonjour mon bel ami

– Bonjour madame,

– Moaww… Non, ne me dites pas que vous prenez la demi-portion !

– Si…, répondit l’homme, et vous, cela ne vous dérange pas cette histoire de prénoms ?

– Moaww… Qu’il est drôle celui-là, ce n’est pas un prénom, c’est un sigle : Travailleurs Omnipraticiens Ménagers. Moi, je me serais bien payé un petit Tom, mais après examen, parait-il, ce n’était pas possible. Je vous ai dit qu’on allait vous poser des questions sur votre sexualité ?

L’homme ne prêta pas attention à la dernière question de la dame tout en rondeur, son regard avait fui en direction du Tom. Il était toujours à la même place, impassible, dans sa cloison de verre. L’homme se demanda ce qu’il avait de commun avec lui. Comment allaient-il s’entendre ? Il devrait désormais partager son appartement avec un inconnu. Il se rendit compte qu’il ne ressentait rien, à nouveau, cela le troublait, d’habitude il savait tout de suite quand il rencontrait quelqu’un s’il était susceptible ou non de devenir un ami.

Dès qu’il était entré dans la maison, Tom avait consciencieusement accroché son par-dessus à la patère de l’entrée. Il se dressait maintenant, impeccable, au milieu du salon. L’homme songeait à la somme dérisoire qu’il venait de payer pour l’acquisition d’un autre homme. Tom se racla la gorge, sortant l’homme de son ruminement silencieux.

« Y a-t-il quelque chose que je puisse faire, Monsieur,

– Non, Tom, surtout pas, répondit l’homme troublé par cette voix qu’il entendait pour la première fois, asseyez-vous, je vous sers le thé. »

Lire le troisième épisode

L’homme se rendit à l’animalerie pour acheter son petit Tom de compagnie. En quittant sa rue, il songea à ce qu’il allait faire. Si on lui posait la question, là maintenant, il répondrait très sincèrement qu’il ne ressentait rien. Toute sa vie, il avait cherché sa place dans ce monde qui tournait de plus en plus mal. Il devait se rendre à l’évidence, la place la plus enviable aujourd’hui était celle du mort.

Le gérant de l’animalerie était excédé. Il faisait face à une foule hétéroclite qui fourmillait devant son magasin. Des badauds attendaient la sortie des Tom, pour applaudir ou protester, selon la pente que prenait l’opinion. Il y avait aussi les manifestants du jour, qui reprochaient à ceux d’hier, d’avoir déserté la rue dès la première carotte tendue par le gouvernement. Les passants qui flânaient sur les quais complétaient ce tableau mouvementé, obligés de piétiner et de s’intéresser malgré eux à cette comédie humaine. Dès qu’il aperçut l’homme, le gérant se jeta sur lui comme sur une bouée de sauvetage.

« Bonjour monsieur, c’est tous les jours la même rengaine, ne soyez pas effrayé, entrez donc, que puis-je pour vous ?

– Bonjour, je viens chercher un Tom, dit l’homme,

– Suivez-moi, je vous en prie, répondit le gérant tout en le conduisant sans perdre de temps vers le showroom des Tom, vous savez en ce moment le choix est un peu maigre, dit-il en pouffant, je n’en ai plus qu’un. Ce matin une vieille dame m’a pris deux jumeaux. Elle ne voulait pas rester seule chez elle durant la promenade du chien. »

Assis tout au bout d’un canapé, derrière une paroi de verre, le Tom attendait en se mordant des lèvres qu’il n’avait pas en excès. Il était vraiment très maigre et se tenait droit comme un I, portait des vêtements sobres, laissait une étrange impression de tristesse.

« Il n’a pas l’air en bonne santé, laissa échapper l’homme,

– Ne vous en faites pas, l’interrompit le gérant, il suffira de le requinquer avec une bonne nourriture maison. Cela fait partie des préconisations gouvernementales. De toutes façons, je n’ai pas d’autre référence en ce moment.

– Pourquoi est-il enfermé ?

– Pas enfermé, non. Vous avez vu dehors ces manifestants qui prétendent les défendre ? Plusieurs Tom sont passés à deux doigts d’être lynchés. Non, nous les protégeons à l’intérieur de ce stand vitré à l’épreuve des balles. Je vous le concède, ce n’est pas terrible et ça accentue la physionomie de celui-ci.

– Et pour le règlement ?

– Vous n’aurez aucun frais jusqu’à la fin de ses droits, ensuite vous devrez lui verser des émoluments. Tout est expliqué dans la brochure produite par l’agence gouvernementale. Alors vous le prenez ? »

Lire le second épisode...

Depuis belle lurette, tous les concurrents de mon père avaient éliminé les chambres à air et avaient adopté le cylindre plein, plus résistant et qui rendait le sulky beaucoup plus maniable. Mon père n’en avait cure et restait convaincu que rien ne s’harmonisait mieux avec l’élégance aérienne du trotteur que ce mince boyau d’air effleurant le gazon.

C’est vrai que c’était beau de le voir cavaler. Il en avait bavé pour en arriver là. Il y consacrait tout son temps libre et avait beaucoup compté sur maman pour notre éducation. Il poussa la recherche de perfection jusqu’à prendre des cours au carré noir ! Y parvenant comme tout le reste à force d’acharnement. C’est par le même chemin qu’il put un jour accéder aux courses professionnelles, pas à Paris, bien-sûr, Ourasi ou Gélinotte ne trottaient pas dans la même cour, mais il sut se faire remarquer dans les courses régionales. Il eut son heure de gloire, un beau jour, à Caen, dans le fief de tous les trotteurs français. Le bel alezan qu’il drivait ce jour-là avait fière allure. Les oscillements musculeux de ses longues jambes battaient la mesure, tandis que mon père, enfourché sur sa propre furie, sans jamais perdre sa main, s’emballait vers une victoire éclatante.

Après s’être fâché avec tous les entraîneurs qui avaient été séduits par son style, il devint, tout en perdant sa femme et ses économies, propriétaire de ses chevaux, entraîneur et driver, tout à la fois. Quel que soit le cheval qu’il trouvait suffisamment volontaire pour entrer dans ses brancards, son trot se reconnaissait au moindre coup d’œil. Son palmarès souffrait pourtant de lacunes tenaces, qu’un driver de talent comme mon père aurait dû combler sans histoires au cours de ses années fastes. Seulement, il y avait les crevaisons. A la moindre écharde de cravache, au plus petit caillou qui se retrouvait là, malgré les soins méticuleux des jardiniers, mon père passait dessus, et paf ! le boyau se déballonnait. Qu’à cela ne tienne, son obstination pour la chambre à air n’a jamais fléchi, et de douloureuses frustrations se sont accumulées.

Un de ces dimanches ensoleillés, où la vie est réenchantée par l’explosion du printemps, un de ces jours où rien de grave ne devrait arriver. Eh bien, ce petit rien s’est fixé sur le dos de mon père et ne l’a plus lâché. Un tellement rien que l’on n’a jamais retrouvé sur la piste le diable de piquant qui avait causé l’accident. Le caoutchouc s’est littéralement pulvérisé, s’engorgeant par lambeaux dans les rayons, déséquilibrant ainsi tout l’équipage. Le cheval, effrayé, s’est mis brutalement à galoper, c’était l’élimination immédiate, mais pour mon père cela ne s’est vraiment terminé que par une culbute phénoménale, le cheval lui retombant dessus et lui rompant la colonne vertébrale. Ce fut pour lui la crevaison de trop, et au galop en plus, quelle humiliation !

Pour ma part, je n’avais aucune disposition pour ce sport et je ne fus pas mécontent, après cet accident, de voir mon père cesser d’espérer que je prenne sa suite. De temps en temps, il m’invite chez lui et nous nous rendons ensemble à l’hippodrome pour assister aux courses du dimanche. Lors des arrivées, il me crie dans les oreilles « vas-y, Ourasi, vas-y ! », comme s’il voulait que je l’entraîne sur la piste au beau milieu des attelages. Il répète souvent qu’il n’a pas engendré le bon cheval, l’ingrat, il ne soupçonne pas les montagnes d’ennuis que son fils a dû soulever pour parvenir à dénicher quelque part un fauteuil roulant avec chambre à air.

L’héritage

En 15 ans, Pierre-Henri, le notaire de ma mère, n’avait jamais manqué de me rendre sa visite annuelle, chaque début du mois d’août. Je le vois encore ce matin, le visage écarlate et suant, qui sirotait mon meilleur café, la sacoche en cuir pelé, coincée entre son ventre bedonnant et le bord de ma petite table de cuisine. Un vieux grigou, un carnassier sous une enveloppe de bonhommie. Rond de cuir ronronnant de plaisir lorsqu’il amasse des ronds. Tout chez lui était aussi rond qu’une montgolfière prête à s’envoler.

  • Je sais que vous le connaissez par cœur, monsieur, lança le notaire tout essoufflé, mais c’est le règlement, je dois vous lire l’extrait du testament de votre mère qui vous concerne au premier chef.

« A mon cher fils préféré, je donne l’intégralité de mes économies à la condition qu’il s’occupe du canari. Comme je tiens à lui éviter un avenir de rentier, cette somme lui sera versée par quotité durant les 15 prochaines années, à charge pour mon notaire, Pierre-Henri Fierlongmote, où son successeur, de gérer le solde en bon père de famille. Une fois l’an, ledit notaire vérifiera la présence du canari au domicile de mon fils. »

La peste ! Qui m’avait déjà pourri la vie durant ses deux dernières années parkinsoniennes. Jolie récompense ! Que ce supplice post mortem, moi, son propre fils, qui lui avais fait sa toilette quotidienne, un truc à avoir le mors aux dents le reste de sa vie. En bonne Tatie Danielle, elle n’aurait jamais accepté qu’une étrangère s’occupât d’elle. Chaque jour, je lui ai préparé ses cataplasmes parce que ma grand-mère, la peste suprême, avait décidé que cela guérissait de tout. Je lui ai même acheté un matelas été/hiver, plutôt cher, il m’a fallu le retourner toutes les semaines.

Encore heureux que je fusse le fils préféré de cette vieille chipie, elle qui n’a pas été foutue de me faire un frère. Je me suis consolé en regardant le visage de ma sœur, quand le notaire a déclaré qu’elle héritait du dentier en sus de la maison de famille. Cette chère sœur qui vint rendre une unique visite à sa mère pour la contempler lors de la mise en bière.

J’avais horreur des oiseaux en cage, elle le savait bien puisque je la taquinais souvent à ce sujet. Il a bien fallu capituler pour ne pas me retrouver un jour de mauvaise fortune, en slip sur le trottoir, débusqué brutalement d’une hypothétique oisiveté, à laquelle je n’aspirais pas tant que cela. Pour finir, Je suis passé à côté de ma vie mais au-moins c’était la mienne. Ma mère m’avait accouché de tout sauf de moi-même. Mon meilleur ami, à qui je confiais cela, en grinça des dents.

Je n’y connaissais rien en matière de canari et le vénérable compagnon de ma mère ne passa pas sa septième année, suite à une subite calvitie. La cage de son successeur fut renversée par le chat un mois plus tard. Celui-là s’est envolé pour une vie aléatoire de canari sauvage. Le suivant mourut au bout d’un an, sans doute de désespoir et de solitude. J’ai donc commencé à me documenter davantage afin de ne pas trop alourdir mon budget volatiles. Sur Internet, j’ai trouvé plein de bons tuyaux pour maintenir cette petite bestiole en bonne santé. J’ai appris qu’il y avait trois sortes de canaris : le canari de chant, le canari de couleur et le canari de posture. Seul le mâle a la faculté de chanter. J’ai donc compris pourquoi mon troisième ne me serinait jamais aux oreilles. Je regrette d’avoir mal jugé le quatrième, que je traitais de dégénéré avec ses manières de se tenir n’importe comment.

Le notaire me remercia du bon café que je lui avais servi et demanda à voir le canari.

« Décidément vous avez de la chance, ce canari jouit d’une longévité remarquable, persifla-t-il, avec un sourire qui souleva légèrement une boursouflure de son visage.

  • Un canari bien soigné peut vivre jusqu’à vingt ans, répondis-je d’une voix très assurée.

Pas dupe pour un sou, Pierre Henri rendit hommage à la subtilité de ma mère qui avait pris soin de parler du canari et non pas de « mon canari »

Devant mon manque de réaction, il ajouta « Monsieur, Doréament, vous rendez-vous compte que c’est la dernière fois que je vous rends visite, 15 ans déjà !». En le regardant quitter mon appartement, par le long couloir principal, je me surpris à ressentir une forme d’affection pour ce type, qui allumait des lumignons à chaque pas en découvrant de superbes socquettes blanches sous son pantalon sombre.

Dès qu’il fut parti, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’enfilai mon par-dessus et me dirigeai vers l’animalerie pour acheter une femelle à mon canari. Depuis plusieurs jours déjà, je trouvais qu’il chantait très fort.

La famille Tainer, il fallait pas trop l’approcher, si tu ne voulais pas décéder prématurément. Pas nécessaire d’être bien rencardé pour ça, ni de sortir de la techno-école des inspecteurs de police. Il suffisait de le voir défiler dans le territoire avec son quarteron de sbires autour de lui. Sa vie était un sacré jeu de poker, mais dans sa main il avait ce carré d’as en permanence. Pris un par un, ils n’avaient rien à envier à l’armoire à glace que mon foutu beau-père avait emporté de sa Normandie pour s’installer ici. Montréal, Québec. On entrait dans la seconde partie du siècle et il faisait toujours aussi froid, quoique un peu moins qu’ailleurs. Les quatre étaient là devant moi et ils venaient de faire un second pas, tous en même temps, dans mon bureau minable de la 5ème rue, tout juste domotisé à bon marché. Seulement avec ces gars-là, les portes électroniquement sécurisées, fallait pas trop compter dessus. Là où ils voulaient, ils entraient. Je me suis dit que je ne passerai peut-être pas les 35 ans finalement.

« Vous avez vu ma plaque, dis-je sur un ton que je forçais vers la plaisanterie, c’est marqué Michel Del Rio, détective privé, pas punching-ball 24 heures sur 24. D’ailleurs, j’y pense, il doit être l’heure de déjeuner, je vais devoir fermer boutique. Les regards d’un noir creux de ces types m’ont foutu la chair de poule, j’ai compris que pour le casse-croûte, c’était pas gagné.

« Qu’y a-t-il pour votre service messieurs, repris-je sur un ton plus professionnel.

— Notre patron ;

— Oui, votre patron, en prenant une voix ridiculement haut perchée, je vous écoute, il s’agit de monsieur Tainer, donc, et alors ?

— Ils ont disparu ;

— Qui ils ?

— Le père et le fils

— Oh…

— Stop ! Te fatigue pas, poursuivit un des gars du carré, bien calé dans un coin près de la fenêtre. On sait ce que t’as dans la tête, on va t’éviter de prendre un prulaz entre les deux yeux. On va le dire à ta place. Les deux cons Tainer ont disparu ! Marre-toi, le temps de récupérer ta langue et dis-nous ce que tu peux faire pour les retrouver, détective de mes deux !

Ils l’avaient fait ces enfoirés de grands puissants de la planète terre. Incapables d’enrayer l’effet de serre ou de simplement faire des économies, ils les avaient balancées dans l’atmosphère, leurs putains de fusées. Résultat des courses, le magnétisme des pôles s’était inversé. Le pôle Nord avait viré au Sud et réciproquement. Il commençait à faire très chaud là où la température était glaciale la plupart du temps et les vahinés avaient appris à tricoter des pulls. Mais en cette année 2054, Montréal restait le seul bled à n’avoir jamais changé de climat. Par dessus le marché, quatre costauds patibulaires me faisaient froid dans le dos, alors que j’étais bien assis sur mon fauteuil à mémoire de forme, qui m’avait coûté bonbon. Là aussi, rien de nouveau sous le soleil, les mafiosi avaient toujours la même gueule et avaient fort bien négocié le virage technologique. Je trouverais nulle part où me cacher, leurs tablettes 9 G m’auront pris dans leur filet bien avant que j’ai bougé le petit doigt. Je pouvais dire adieu à ma passion pour la construction de voiliers, modèle réduit, le week-end, et le soir maintenant que ma femme avait trouvé preneur sur le web 6.0. Tant que je n’aurai pas remis la main sur ces cons de Tainer, je n’aurais pas une minute à moi, surtout si ces quatre-là me filaient le train. Je ne pouvais compter que sur ma nature méfiante pour me tirer de ce guêpier.

Une suite ? Peut-être ? Si vous le souhaitez...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils