Dans le Critoire

Deux mains dans le jeu littéraire

Fenêtres (7)

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C’est Louise qui avait souhaité cette fenêtre. Et, à vrai dire, c’est elle qui avait tout fait (fait les démarches, les devis, les photos et les demandes pour la mairie, bref tout ce qu’on doit faire quand on décide de percer un gros trou dans le mur de sa maison afin d’y faire entrer un peu de soleil…). C’est elle qui avait insisté, c’est elle qui y tenait parce qu’elle n’en pouvait plus de ce salon si terne, de cette paroi si blanche, sans ouverture, qui nous obstruait la vue sur le jardin et qui nous privait de toute perspective sur le monde. Moi, je m’en fichais. Oui, je disais que je m’en fichais.

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Elles étaient tellement étranges ces visites faites à mi-voix. Courir partout, répondre à chacun, faire toutes les démarches qu’il y avait à faire (laver un peu de linge, faire quelques courses, s’occuper des enfants bien sûr, gérer les papiers, aller aux différents rendez-vous dans le cadre médical, scolaire, associatif, et travailler aussi un peu…) et toujours finalement revenir à cet hôpital gigantesque pour prendre des nouvelles de mon cœur. Ou plutôt du sien.

Les visites étaient pourtant si douces ! En fait, ce que je n’aimais pas c’était le trajet du parking de l’hôpital à la chambre, j’avais peur d’y faire de mauvaises rencontres. Je craignais d’y percuter des monstres ou des fantômes, des silhouettes décharnées,

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Mojave Desert : Joshua treeLes arbres du Joshua, enfoncés dans le sable et battus par le vent poussiéreux, forment comme une armée de géants crucifiés. Leurs silhouettes décharnées évoquent celles des chênes effeuillés au milieu de l’hiver normand ; à ceci près que, dans le désert, les arbres semblent avancer vers vous alors que les chênes de Normandie présentent une forme d’immobilité glacée. Ils ont quelque chose d’un peu menaçant ou peut-être est-ce une forme de bienveillance un peu pataude. Quelques rochers monumentaux complètent le décor et quelques lézards faméliques l’animent parfois. Il n’y a pas si long du parking au sommet de la colline pierreuse mais la balade est éprouvante. On est un peu au sud de la vallée de la mort et il fait très chaud. Pourtant, hier soir, il a neigé et nous avons opté pour une chambre de motel parfaitement miteuse. Au terme de la promenade, on domine les environs. Étrangement, on se sent à la fois  appartenir au monde et loin de lui. Le ciel, le sable et les rochers. Ni maison, ni fenêtres. Ni fleurs, ni couronnes.

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vagues reflets de moi-même… Mais une fois dans l’alcôve que constituait sa chambre tout au bout et tout en haut de l’immense bâtiment, quelle étrange sérénité ! Quel formidable cocon à l’abri de la fureur du monde où les bruits n’arrivaient qu’étouffés !

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Aujourd’hui c’est moi qui profite de la lumière qui éclate dès le matin dans le salon. C’est moi qui suis content d’avoir un peu de soleil dans ce coin de la maison que j’occupe presque en permanence. C’est moi qui profite de la grande fenêtre blanche, maintenant que Louise n’est plus là.

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