Dans le Critoire

Deux mains dans le jeu littéraire

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Le bruit des rues new-yorkaises, oui, sans doute, c’est à cause du bruit des rues new-yorkaises, que la fenêtre de notre chambre d’hôtel, situé à la frontière des quartiers de Little Italy et de Greenwich Village, ne peut s’ouvrir.

* * *

Dans la chambre de l’hôpital, la fenêtre est également un modèle à châssis fixe (lors de ma première visite, je me suis demandé s’il s’agissait d’une mesure de sécurité – pour éviter que les patients, désespérés par l’état critique que leur admission dans une unité de soins intensifs laissait présager, optent, sur un coup de tête, pour une solution rapide et définitive à leur problème cardiaque – ou d’hygiène – quelque chose comme empêcher les microbes extérieurs de pénétrer l’espace confiné, aseptisé et reclus).

Mais, vu du lit, le polygone qu’elle dessine dans le mur est un grand carré bicolore : vert (les greens du golf voisin) et bleu (le ciel normand de novembre). Lorsque le visiteur curieux s’approche, il peut apercevoir au bas du bâtiment une cour goudronnée dans laquelle s’activent des employés chargés du nettoyage et de la maintenance. Un petit train de poubelles roulantes, un immense container destiné aux ordures, des conduits métalliques faisant office de cheminées, un alignement de portes fermées un peu austères…

Je venais la voir à peu près tous les jours (à différents moments de la journée)… étrangement, dans ma mémoire, se niche avant tout le souvenir d’une petite expédition toujours renouvelée, une marche simple conduisant du parking bruyant à la chambre silencieuse : d’abord, il fallait rejoindre le grand bâtiment rectangulaire, puis il y avait ensuite un long couloir à parcourir, un couloir immense, ensuite un ascenseur, un autre couloir qui distribuait des chambres aux portes ouvertes laissant deviner des corps (dire bonjour aux patients qu’on voit, aux soignants qu’on croise, dans un petit murmure teinté de retenue), entendre des télévisions… enfin, sur la droite, une double porte, toujours fermée, qui donnait accès au service de soins intensifs dans lequel le calme régnait, seulement perforé avec la régularité d’un métronome par les bip-bip inlassables des moniteurs… et mon regard se pose sur son corps fatigué et bleui par les aiguilles et les cathéters. Je souris, je me rassois sur le fauteuil roulant qui tient lieu de banquette.

* * *

Je me lève du fauteuil qui tourne le dos à la baie. J’entre dans mon bureau – une petite pièce vraiment, un repère miteux – qui constitue mon antre… Le soleil a fini sa course dans le salon. Il a franchi l’angle de la maison et la lumière arrive désormais sur les papiers griffonnés qui recouvrent la surface de mon bureau. Mon menton retombe alors sur le haut de ma poitrine et je me rassois à mon bureau en sirotant du thé. Il flotte dans l’air comme une odeur de médicament.

* * *

l’air sale peut-être aussi. Mais, sans doute, d’abord, à cause du bruit incessant de la ville. Ce bruit étouffé le matin quand je descends parcourir la ville à la recherche d’un grocery store, afin de faire quelques emplettes en vue du petit-déjeuner et du pique-nique. Les rues aussi sont sales, après un samedi de fête, mais il m’est agréable de marcher dans les rues du New-York, seul, au petit matin.

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