Dans le Critoire

Deux mains dans le jeu littéraire

Cher Ion,

Avec la mort des Ceaucescu, tu avais tant espéré que ton heure arrivât enfin. Mais comme toujours, les révolutions de Palais oublient les cours et les arrières-cours. Ceux que tu appelais les écrivains compromis, les poètes ceaucistes, se maintenaient dans les lieux de pouvoir. Tu avais l’impression que la persécution continuait. Dans une revue de Bucarest, l’un deux t’avait même demandé de te taire !

Ion, tu as besoin de silence, de quiétude et de sérénité pour reprendre les sentiers de la création. Chez toi, les fantômes sont omniprésents. Je t’invite au seul pays dans lequel tu as jamais voyagé. La France, ce n’est pas seulement un pays de Cocagne. On y trouve parfois des lieux aux antipodes de la Barbarie. Ces lieux ont même un nom : « résidence ». Résidence pour te poser, résidence pour te reposer. Dans « résidence », il y a, enfin de tout coeur je l’espère, il y aura le début du mot résilience, le terreau d’une force qui soulèvera en toi le risque ontologique que tu pressentais dans toute démarche poétique, mais qui ne serait plus pour toi le risque de ne plus exister.

Je t’invite en un lieu d’écriture comme un refuge pour ta vie intérieure, alors que ton corps tout entier lui a fabriqué peu à peu une prison. Je t’invite en un lieu où il te sera libre d’écrire en lâchant le couteau que tu serres entre tes dents. Tu te rends compte, trois mois, une éternité ! Je t’invite à résider en toi comme en un lac paisible, où des petits français pourront y admirer ton charme, dans le paradoxe et dans les les larmes, y puiser cet univers de sensations et ton lyrisme généreux, qui met des mots sur les souffrances qui nous traversent.

Ici, tu ne seras plus seul, ce n’est pas seulement moi qui t’invite, mais toute la population, dans cette cité où l’invitation depuis François 1er possède une valeur particulière. Il y a des gens, il  y a des jeunes qui t’attendent, qui auront lu tes livres, qui ont pris l’habitude de rencontrer des auteurs vivants, qui font confiance à la bibliothèque quand il s’agit de s’embarquer pour une aventure avec de lecture. Tu vas rire, car en plus tu seras rémunéré à hauteur de 1500 euros, oui, tu as bien lu, combien cela fait-il en Lei ? Tu seras reçu dans un foyer de jeunes travailleurs, je sais que tu t’y sentiras dans ton élément. Tu les interpelleras, je sais, tu les bousculeras dans leurs habitudes.

Ici, nous ne sommes pas meilleurs ni pire qu’ailleurs, pourtant je suis sûr que tu pourras y redécouvrir ce que tu trouvais de plus cher dans l’amitié, cette institution qui pour toi meurt dans ton pays, et qui pourrait redevenir ce que tu écris dans un de tes poèmes « avoir un ami c’est comme si tu avais un ange ».

Ton Ami

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