Dans le Critoire

Deux mains dans le jeu littéraire

La famille Tainer, il fallait pas trop l’approcher, si tu ne voulais pas décéder prématurément. Pas nécessaire d’être bien rencardé pour ça, ni de sortir de la techno-école des inspecteurs de police. Il suffisait de le voir défiler dans le territoire avec son quarteron de sbires autour de lui. Sa vie était un sacré jeu de poker, mais dans sa main il avait ce carré d’as en permanence. Pris un par un, ils n’avaient rien à envier à l’armoire à glace que mon foutu beau-père avait emporté de sa Normandie pour s’installer ici. Montréal, Québec. On entrait dans la seconde partie du siècle et il faisait toujours aussi froid, quoique un peu moins qu’ailleurs. Les quatre étaient là devant moi et ils venaient de faire un second pas, tous en même temps, dans mon bureau minable de la 5ème rue, tout juste domotisé à bon marché. Seulement avec ces gars-là, les portes électroniquement sécurisées, fallait pas trop compter dessus. Là où ils voulaient, ils entraient. Je me suis dit que je ne passerai peut-être pas les 35 ans finalement.

« Vous avez vu ma plaque, dis-je sur un ton que je forçais vers la plaisanterie, c’est marqué Michel Del Rio, détective privé, pas punching-ball 24 heures sur 24. D’ailleurs, j’y pense, il doit être l’heure de déjeuner, je vais devoir fermer boutique. Les regards d’un noir creux de ces types m’ont foutu la chair de poule, j’ai compris que pour le casse-croûte, c’était pas gagné.

« Qu’y a-t-il pour votre service messieurs, repris-je sur un ton plus professionnel.

— Notre patron ;

— Oui, votre patron, en prenant une voix ridiculement haut perchée, je vous écoute, il s’agit de monsieur Tainer, donc, et alors ?

— Ils ont disparu ;

— Qui ils ?

— Le père et le fils

— Oh…

— Stop ! Te fatigue pas, poursuivit un des gars du carré, bien calé dans un coin près de la fenêtre. On sait ce que t’as dans la tête, on va t’éviter de prendre un prulaz entre les deux yeux. On va le dire à ta place. Les deux cons Tainer ont disparu ! Marre-toi, le temps de récupérer ta langue et dis-nous ce que tu peux faire pour les retrouver, détective de mes deux !

Ils l’avaient fait ces enfoirés de grands puissants de la planète terre. Incapables d’enrayer l’effet de serre ou de simplement faire des économies, ils les avaient balancées dans l’atmosphère, leurs putains de fusées. Résultat des courses, le magnétisme des pôles s’était inversé. Le pôle Nord avait viré au Sud et réciproquement. Il commençait à faire très chaud là où la température était glaciale la plupart du temps et les vahinés avaient appris à tricoter des pulls. Mais en cette année 2054, Montréal restait le seul bled à n’avoir jamais changé de climat. Par dessus le marché, quatre costauds patibulaires me faisaient froid dans le dos, alors que j’étais bien assis sur mon fauteuil à mémoire de forme, qui m’avait coûté bonbon. Là aussi, rien de nouveau sous le soleil, les mafiosi avaient toujours la même gueule et avaient fort bien négocié le virage technologique. Je trouverais nulle part où me cacher, leurs tablettes 9 G m’auront pris dans leur filet bien avant que j’ai bougé le petit doigt. Je pouvais dire adieu à ma passion pour la construction de voiliers, modèle réduit, le week-end, et le soir maintenant que ma femme avait trouvé preneur sur le web 6.0. Tant que je n’aurai pas remis la main sur ces cons de Tainer, je n’aurais pas une minute à moi, surtout si ces quatre-là me filaient le train. Je ne pouvais compter que sur ma nature méfiante pour me tirer de ce guêpier.

Une suite ? Peut-être ? Si vous le souhaitez...

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